
Son gîte de Belle-Fontaine, à Guenrouet, accueille uniquement des handicapés. Un choix délibéré pris avec son mari Alfred. « C'est une très veille idée. À 18 ans, j'étais bénévole pour l'Association des paralysées de France, raconte l'agricultrice. Nous ne trouvions jamais de lieu pour partir en vacances avec les handicapés. Je me suis promis que si, un jour, j'ouvrais quelque chose, ce serait pour eux. »
Leur première fille handicapée
La maison acquise dans les années 70 est d'abord une ferme classique. Le couple gère un élevage de vaches laitières et à viande, des Blondes d'Aquitaine. Et puis, la vie apporte son lot de coups durs. La première fille d'Alfred et Françoise, Soizic, 34 ans aujourd'hui, doit subir une opération à coeur ouvert à l'âge d'un an. « Le cerveau a été mal oxygéné, explique sa mère. Depuis, elle est handicapée mentale. »
La vie continue : « Soizic était heureuse ici, dans cet environnement privilégié, au contact des animaux. Dans le foyer qu'elle a rejoint il y a cinq ans, elle ne supportait pas de rester enfermée. Elle a besoin de sortir, de crier librement, de voir des animaux. Eux ne la jugent pas. »
Ce constat renforce la vieille idée de Françoise. Il y a douze ans, après des travaux d'aménagement, elle ouvre le gîte de Belle-Fontaine, réservé exclusivement aux petits groupes de handicapés, mentaux et physiques.
« Nous pouvons accueillir quatre personnes en fauteuil et leurs accompagnateurs », explique la propriétaire. Pas question de recréer à la campagne l'ambiance d'un foyer. Ici, ils sont dans une maison. Leur maison. Les groupes viennent à la journée l'hiver, à la semaine pendant la belle saison. « Ils vivent au milieu de la ferme, raconte l'agricultrice de Guenrouet. Ils ont leur place, naturellement, avec nous. Selon leur handicap, ils participent aux soins des animaux. À la fabrication du pain... »
La difficulté qu'expriment certains pensionnaires à quitter le gîte témoigne du bien-être ressenti ici. Mais les propriétaires reçoivent aussi beaucoup de leurs hôtes particuliers. Cette expérience au quotidien « nous permet de relativiser le handicap de notre propre fille, confie Françoise. Elle parle, elle marche. C'est beaucoup par rapport à certaines personnes, complètement dépendantes. Ce projet nous a aussi aidés à parler du handicap de Soizic avec ses deux soeurs. »
À trois ans de la retraite, alors que sa deuxième fille va reprendre l'exploitation agricole, Françoise n'imagine pas arrêter l'activité du gîte : « Leur présence m'est indispensable. Ils mettent une vie très agréable dans cette maison. » Qui leur offre en retour une parenthèse enchantée dans une existence « marquée par la souffrance ».
Didier BLIN.
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