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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 08:10
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Mai 182014

Tourisme adapté : « Un processus d’accessibilisation est en cours »

Tourisme adapté : « Un processus d’accessibilisation est en cours »

Frédéric Reichhart est maître de conférences en sociologie à l’INS HEA (Institut National Supérieur de formation et de Recherche pour l’Education des jeunes Handicapés et les Enseignements Adaptés) et auteur de publications sur le thème du tourisme adapté. Il nous livre son état des lieux du tourisme adapté.

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J'ai commencé ma carrière professionnelle en tant qu'éducateur spécialisé, dans le secteur social, où j’ai côtoyé des personnes en situation de handicap, que j’ai également accompagné dans l'organisation de leurs loisirs et de leurs séjours de vacances… J’ai préparé en parallèle une maîtrise,  puis un DEA qui a abouti à une thèse que j’ai soutenue en 2007 intitulée : « Les loisirs touristiques des personnes déficientes en France : entre assimilation et différenciation », et qui portait sur l’apparition et le développement du tourisme adapté. J’ai ensuite travaillé dans la formation en travail social en tant que formateur puis directeur. En 2012, j’ai  intégré l’INS HEA en tant que maître de conférences; j’y enseigne la sociologie et dirige un Master « Conseiller en accessibilité » qui touche entre autres à l'accessibilité des loisirs, de la culture et du tourisme au sens large.

 

Que signifie pour vous la notion de « Tourisme adapté » ?

Selon moi, il est plus pertinent de parler de « tourismes adaptés » au pluriel. On trouve en effet une offre plurielle d'activités touristiques, réparties entre des activités catégorielles – c’est à dire organisées spécifiquement pour les personnes en situation de handicap – et des activités inclusives,  facilitant l’accessibilité des personnes en situation de handicap aux ressources du milieu ordinaire.

Il me paraît nécessaire et utile d'avoir une offre diversifiée  et structurée autour de ces deux types d'activités qui forment un continuum et doivent se compléter. C'est très important que les personnes handicapées, comme tout un chacun, puissent choisir le type de séjour et vacances correspondant à leur profil et à leurs attentes.

 

Quel état des lieux peut-on faire aujourd'hui du tourisme adapté en France ?

Aujourd'hui, un « processus d’accessibilisation » est en cours. Il est lent, prend du temps à démarrer, mais les choses avancent tout de même et de plus en plus de lieux et activités sont accessibles. Pour ma part, je suis optimiste quant à l'avenir, mais je comprends aussi que les choses n'avancent  pas assez vite du point de vue des personnes en situation de handicap…, il faut prendre en compte la  temporalité qui est tout à fait différente suivant que l'on se place du côté législatif ou du côté des personnes. En fait, à la temporalité politique s'oppose la temporalité du quotidien, celle qui est vécue par les personnes en situation de handicap. Une personne qui souhaite voir un film au cinéma veut s'y rendre immédiatement… pas dans dix ans! D'où un important décalage qui peut être ressenti, mais qui ne doit pas laisser penser que l’on n'avance pas.

 

Qu'en est-il de l'information touristique destinée aux personnes en situation de handicap ?

Aujourd'hui, l'information relative à l’accessibilité touristique est indispensable. Les labels Tourisme et Handicaps, et bientôt Destination pour tous, offrent des informations fiables au public et apportent des points de repère grâce à des indications concernant chaque grande famille de handicap. Ceci dit le bouche-à-oreilles est également un vecteur fréquemment utilisé, les personnes  communiquent beaucoup entre elles et échangent les informations. En fait, la labellisation constitue seulement la partie émergée et la plus visible de l'iceberg…

 

Quels sont selon vous les principaux obstacles au développement du tourisme adapté ?

Le premier obstacle est d’ordre psychosocial et concerne les représentations. Beaucoup de gens ne parviennent pas à considérer les personnes en situation de handicap en dehors de leur statut de «personne handicapée» et les voient comme des personnes ayant une incapacité, à qui il manque quelque chose. La majorité des personnes imaginent difficilement que quelqu’un ayant un handicap puisse avoir le désir de partir en vacances. Cependant, les regards commencent à changer, avec une évolution nette initiée à  l'école : jusqu'au début de la dernière décennie, on ne pouvait pas concevoir que des enfants valides et handicapés puissent se côtoyer dans une même classe. Les premiers étaient orientés en milieu spécialisé et les seconds étaient scolarisés à l’école ordinaire. Aujourd'hui, la mixité se développe et le milieu scolaire ordinaire commence à être aménagé. C'est très positif pour l'inclusion sociale et l'apprentissage du vivre-ensemble nécessaire à la cohésion sociale d’une société.

Un autre obstacle est le « validocentrisme », position qui privilégie la prise en compte des besoins et attentes des personnes « valides ». C’est la raison pour laquelle beaucoup de prestations et équipements ne sont au final pas accessibles à tous. Inverser cette approche, c’est  à  dire  prendre  en compte les besoins de personnes en situation de handicap, pourrait contribuer à rendre notre société plus accessible, y compris pour les valides. Une personne valide pourra toujours utiliser un équipement conçu pour l'accès à des personnes en situation de handicap, mais l'inverse n'est pas valable.

 

Que pensez-vous des labels Tourisme et Handicaps et Destination pour tous ?

Je trouve la démarche de labellisation ATH très intéressante. Elle montre que l’accessibilité se joue au niveau d’une mise en œuvre opérationnelle, mais aussi sur le plan de la diffusion des informations relatives à l’accessibilité des ressources. Il ne faut pas  négliger la phase de communication car elle implique la fiabilité des informations : si  une structure est déclarée accessible et qu’elle ne l'est pas dans les faits, c'est un réel problème avec des conséquences importantes pour un vacancier. Quant au label Destination pour tous, il permet de concevoir l'accessibilité de façon plus globale en  dépassant l’accessibilité à un équipement ou une structure, pour la  privilégier sur un périmètre spatial plus vaste. Il implique entre autres que toutes les ressources accessibles d'un territoire soient connectées pour  construire une accessibilité à partir de la chaîne de déplacements.

Toutefois, je pense que ces labels pourraient encore être améliorés en prenant en compte, en plus du  type de handicap, le degré d’accessibilité, par exemple en pourcentage ou sur une échelle. Cela reviendrait à ne plus considérer l'accessibilité comme une variable binaire – c'est accessible ou ça ne l'est pas –  mais comme une donnée graduée. On peut citer en ce sens le label « Passe-partout » mis en place en Belgique par l'association Gamah, qui indique un degré d'accessibilité pour différents types de handicaps sur une échelle allant de 1 à 9.

 

Qu'est-ce qui pourrait encore faire avancer les choses ?

Je pense qu'on doit aller davantage vers le Design For All qui consiste à penser une société où l'accessibilité concerne tout le monde et pas uniquement les personnes en situation de handicap. Il serait aussi intéressant, comme c’est le cas au Canada, d’associer l'accessibilité à un confort et à la qualité d'usage. Si l'on prend en compte l'accessibilité sous cet angle, cela signifie qu'elle est bénéfique pour tous.

L'harmonisation des normes d'accessibilité au niveau international pourrait également permettre des avancées. Actuellement, chaque pays possède ses normes et ses labels, il est difficile pour un touriste  de s'y retrouver s’il voyage d'un pays à un autre.

 

Et si l'on compare la situation française à celle des autres pays ?

Au niveau international, l’évolution générale montre une volonté politique de beaucoup de pays  pour soutenir l’accessibilité, dans différents domaines, dont le sport, la culture et le tourisme. Certains estiment que la France est en retard. Personnellement, je trouve qu’elle est aujourd'hui dans une bonne dynamique et entame des démarches constructives, même s’il reste du chemin à parcourir. En tous les cas, dans tous les pays, l'accessibilité reste un révélateur du fonctionnement d'une société, de la place qu'il  accorde à chacun et de la manière dont il construit le vivre-ensemble avec des individus tous différents.

 

Propos recueillis par Caroline Madeuf

 

Pour aller plus loin, découvrez l'ouvrage de Frédéric Reichhart : « Le tourisme adapté : fondements idéologiques et institutionnels », publié aux éditions L'Harmattan, collection Tourismes et sociétés, (dir) FRANCK Michel, février 2011.

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Published by hercouet - dans INFOS-HANDICAP
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