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Au Musée d’art moderne et contemporain, des guides font toucher aux non-voyants les sculptures de César Doméla.
Au Musée d’art moderne et contemporain, des guides font toucher aux non-voyants les sculptures de César Doméla.
Visites adaptées pour touristes handicapés
Aveugles, sourds et paralysés racontent les difficultés d’une promenade touristique dans Strasbourg. Si des aménagements se mettent en place, ils restent encore insuffisants.

Dix heures, Musée d’art moderne et contemporain. Voyants et non-voyants se retrouvent pour une visite de l’exposition consacrée à César Doméla, où tout est fait pour donner à voir. Guides et voyants décrivent en détail les lignes et les couleurs des toiles. Les non-voyants imaginent le tableau tout en caressant des copies en relief. Pour les sculptures, c’est grâce au toucher que les aveugles se représentent les formes et les matériaux. « C’est une bonne idée d’être mélangés aux voyants. On échange nos perceptions et cela nous permet une meilleure intégration », apprécie Marcelle, 63 ans, malvoyante.
Cette initiative n’est pas récente. Depuis 1998, une fois tous les deux mois, le service éducatif des Musées de Strasbourg organise des visites accessibles aux personnes sourdes ou non-voyantes. Entre octobre 2006 et mai 2007, 340 personnes handicapées en ont profité. « A Strasbourg, trois musées proposent des parcours tactiles ou adaptés à ce public : le Musée alsacien, celui de l’Œuvre Notre-Dame et le Musée archéologique », explique Eric Ferron, responsable du service éducatif des Musées de Strasbourg.

Pas de vacances improvisées

Mais, pour les personnes handicapées, la visite de Strasbourg ne s’arrête pas au musée. Afin de pouvoir continuer la promenade avec le moins de désagréments possible, des aménagements doivent être étendus à toute la ville. Trottoirs, feux adaptés, toilettes publiques : les équipements stratégiques doivent être accessibles à ces touristes particuliers. « Les personnes atteintes d’incontinence ont besoin de nombreuses toilettes aménagées et bien indiquées. Il en faut dans les parkings, les musées et dans le centre-ville », indique Geneviève, 65 ans, atteinte de sclérose en plaques. On ne peut pas partir à l’aventure », s’exclame Jacqueline, handicapée moteur. « Je prévois tout avant mon départ : lieux touristiques, restaurants et surtout hôtels. »
Pour faciliter les recherches, les brochures sur Strasbourg indiquent l’accessibilité des structures avec quatre pictogrammes différents (handicap visuel, auditif, moteur ou mental). Gage de qualité de la prestation touristique, ces symboles indiquent la possibilité d’accès aux lieux d’hébergement, transports et équipements de loisirs. A Strasbourg, seul le Musée d’art moderne et contemporain a obtenu les quatre symboles. Le Musée historique, qui ouvre ses portes à la fin du mois de juin (lire page 11), sera lui aussi adapté aux quatre handicaps.
Du côté des incontournables, la terrasse de la cathédrale reste inaccessible à une personne en fauteuil. La construction d’un ascenseur dans ce monument classé historique n’est pas envisageable. « La découverte de certaines églises est tout de même possible grâce à un plan incliné qui fait office d’escalier. C’est par exemple le cas à Munchhausen », constate Jacqueline.

« Deux chambres équipées sur 40 »

La découverte de Strasbourg passe aussi par le traditionnel « petit train ». Sauf pour les personnes en fauteuil. « Il faudrait transformer le dernier wagon pour donner un accès par l’arrière du train », suggère Jacqueline. Les personnes à mobilité réduite peuvent toutefois se rabattre sur une visite fluviale grâce au Gustave-Doré, le seul bateau qui peut accueillir des personnes en fauteuil. « Selon les réservations, on supprime des sièges classiques », explique Jacky Pignon, responsable d’exploitation de Bateaurama. « Il y a deux ans, le Gustave-Doré était même de sortie pour le feu d’artifice du 14 Juillet », se souvient Jacqueline.
Pour les plus sportifs, une balade le long des quais est envisageable en fauteuil, même si les indications d’accessibilité sont rares. « On ne sait jamais où on peut remonter et, souvent, il faut un pousseur car la pente est trop raide », commente Jean-Louis, 37 ans, accidenté de la route. Qu’elles soient atteintes de cécité, de surdité, de maladies mentales ou motrices, les personnes handicapées voyagent le plus souvent en groupe, grâce aux initiatives des associations. Si cela simplifie l’organisation du séjour, il n’est pas toujours évident de trouver le lieu qui pourra héberger tout le monde. « Pour un hôtel de 40 chambres, par exemple, il y en a au maximum deux qui sont équipées », souligne Pierre, 45 ans, handicapé moteur et membre de l’Association des paralysés de France (APF). Il faut aussi davantage de personnel bénévole pour encadrer ces vacances ».

« On ne pense pas aux sourds »

Consciente du manque d’informations disponibles pour les touristes handicapés, la Ville de Strasbourg met actuellement à jour le Guide de l’Alsace en fauteuil, qui détaille l’ensemble des lieux accessibles : administrations, hôtels, monuments historiques et restaurants. La collectivité a aussi lancé de gros investissements pour faciliter l’accès des personnes handicapées dans les musées. Par exemple, pour une traduction d’une heure trente en langage des signes, il faut compter 200 euros. Cindie, membre de l’Union des sourds et des malentendants, souligne d’ailleurs qu’ il manque des personnes maîtrisant le langage des signes dans les lieux touristiques. « Quand on fait des aménagements, on ne pense pas aux sourds parce que ce handicap ne se voit pas. »
Une semaine sera consacrée aux associations et aux personnes handicapées en novembre prochain. « Aujourd’hui, chacun travaille de son côté. Or les aménagements utiles à un handicap peuvent servir à un autre », observe un membre de l’APF. De fait, les initiatives qui rassemblent des personnes atteintes de handicaps différents se multiplient. Chaque année, à Illkirch, une société de tourisme organise des randonnées où les handicapés s’aident mutuellement, comme le détaille Sophie, 42 ans, handicapée moteur : « C’est un non-voyant qui me pousse. On forme une équipe le temps d’un après-midi. Je suis en quelque sorte ses yeux et lui mes jambes. »
Stéphanie De Silguy
Guillemette Jolain
   
Le site gouvernemental consacré au handicap. Les pages consacrées à la loi 11 février 2005  
www.handicap.gouv.fr  
Les dispositions de la loi relatives à l'accessibilité.  
http://www.handicap.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=21  
Et en particulier à l'accès aux établissements recevant du public.  
http://www.handicap.gouv.fr/article.php3?id_article=39  


 

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   Mercredi 28 Janvier, 2009     
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